• La classe Bisounours

    Dans ma classe Bisounours, il y avait des élèves en difficulté pour qui il fallait adapter: changer les polices d'écriture, réduire la quantité de travail, ajouter des images etc... et ces élèves étaient motivés pour progresser. Ils baissaient parfois les bras mais ensemble on y arrivait.

    Dans ma classe Bisounours, il y avait une super ambiance. On pouvait plaisanter sans que cela déborde, on pouvait se tromper sans subir de moqueries, on pouvait s'épanouir et s'y sentir bien.

    Dans ma classe Bisounours, on menait des projets pour lesquels l'enseignante comme les élèves s'investissaient. Avec cette fierté à la fin de présenter le travail aux parents.

    Dans ma classe Bisounours, on allait à son rythme, on progressait en fonction de ses possibilités. On savait que la maîtresse et les camarades étaient là pour nous aider. 

    Dans ma classe Bisounours, on gérait quand même des conflits! Mais les conseils de classe permettaient de créer une véritable atmosphère de coopération.

    Pour ma classe Bisounours, je donnais du temps, je ne comptais pas mes heures, je ne savais pas aller à la librairie sans penser aux élèves, je me réveillais dans la nuit avec une idée géniale à proposer aux élèves, je cherchais, j'apprenais...

    Pour ma classe Bisounours, je laissais parfois ma famille de côté parce que ma mission était essentielle, parce que les dizaines de petites paires d'yeux que j'allais voir le lundi matin comptaient sur la maîtresse.

    Pour ma classe Bisounours, je dépensais mes deniers persos parce que je voulais une bibliothèque confortable, des livres toujours intéressants, des affichages sympas...

    Dans ma classe Bisounours....

    Aaaaaah...comme c'est beau!!!!!!!! 

       Aaaaaaaaaaaaaah....comme les temps changent!!!!

    Je n'ai connu qu'une seule classe comme cela...

    Les autres ont été des enchaînements de remise en question: pourquoi je n'arrive pas à les faire coopérer, pourquoi je n'arrive pas à installer une bonne ambiance, pourquoi je n'arrive pas à répondre vraiment aux besoins de chacun, pourquoi j'ai l'impression d'être plus gendarme qu'enseignante, pourquoi je dois aller à une formation déjà vue, pourquoi certains parents ne sont pas impliqués....
    Des heures de recherches, des lectures, des conférences sur youtube pour trouver toujours des solutions, pour s'adapter...

    A l'heure actuelle, j'ai souvent du mal à me retrouver dans ce métier que j'ai tant idéalisé: je ne me retrouve plus dans ce système où les enfants, futurs citoyens, sont des numéros, je ne me retrouve plus dans ces exigences toujours plus importantes, je ne me retrouve plus dans ma gestion de classe, je ne me retrouve plus dans ce consumérisme de l'école grandissant...

    Parce que mes idéaux se heurtent à des contraintes: une classe surchargée, trop d'élèves en grande difficulté (scolaire et/ou familiale), pas assez de moyens financiers, une fatigue qui s'installe, une culpabilité qui nous ronge...

    Mais pourquoi rester?! 

    Simplement parce qu'une partie de moi veut encore y croire....

    Parce que chaque petite victoire souffle de l'oxygène sur les braises de ce feu qui s'éteint...

     

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 15 Juillet à 16:13

    Tellement vrai et c'est le challenge qui m'attend l'année prochaine avec mes 27 CM1 !

    2
    Lundi 15 Juillet à 16:54

    C'est sportif! Ca fait 6 ans que j'ai pas été en dessous de 28. Cette année je vais enfin avoir "uniquement" 26 élèves!

    3
    Lundi 15 Juillet à 16:58

    Moi je passe dans l'article Bisounours pour te faire des bisous!sarcastic

    4
    Lundi 15 Juillet à 17:30

    oh ça fait plaisir de te relire ! 

    5
    Lundi 15 Juillet à 20:06
    L'école d'Ailleurs

    C'est un réel plaisir ton retour !

    6
    Lundi 15 Juillet à 22:13

    Mille mercis pour votre accueil smile

    7
    Sandrine
    Mardi 16 Juillet à 08:19
    Je fais le même constat, et même si j'adore mon métier, je sais que je ne le ferai pas toute la vie... Mais tant qu'il reste un peu de feu dont tu parles, je m'accorche.
    Quoiqu'il soit, ravie de te lire à nouveau.
      • Mardi 16 Juillet à 08:34

        Merci Sandrine! Je pense que nous sommes nombreux dans ce cas malheureusement....

    8
    Eliclous
    Samedi 20 Juillet à 08:36

    Bonjour Farfa, merci pour cet article qui m'a fait venir les larmes aux yeux !

    J'ai eu deux classes Bisounours en 20 ans d'exercice du métier. Et oui, qu'est-ce que c'était bien ! Maintenant, avec les mêmes problèmes que toi, je dois me contenter de "moments Bisounours", quelques-uns dans l'année, quand miraculeusement je trouve un projet qui les fait vraiment vibrer, qui fait "prendre la mayonnaise". Ces moments sont précieux, mais de plus en plus souvent je me demande s'ils seront suffisants pour que je tienne !

    En attendant, merci encore et bonnes vacances !

     

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